Histoire coloniale et postcoloniale

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Erostrate à Béziers

vendredi 13 juin 2014

Tel Erostrate [1], Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, est à la recherche de mesures qui fassent parler de lui : après le couvre-feu entre 23h et 6h pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers de Béziers, l’interdiction de battre des tapis après 10h du matin, d’étendre de jour du linge aux balcons et fenêtres dans le centre historique de la ville où vivent de nombreuses familles gitanes et maghrébines ...

On en arrive à des mesures plus graves : le recrutement annoncé de policiers municipaux, leur armement ... et une décision, à la légalité douteuse, qui vise à interdire l’étude surveillée du matin aux élèves du primaire dont les parents sont au chômage. Quant à la plaque d’hommage aux fusillés de l’OAS du cimetière neuf, le maire ne daigne pas répondre à la demande d’enlèvement.

Une situation où la Ligue des droits de l’Homme a toute sa place : sa fédération de l’Hérault annonce vouloir rester particulièrement vigilante.

[Mis en ligne le 12 juin 2014, mis à jour le 13]


Est-ce légal ?

Le nouveau maire de Béziers veut interdire l’accès à l’étude surveillée du matin aux élèves dont les parents ne travaillent pas.

Comme l’a déclaré à L’Express le président de la FCPE, Paul Raoult, « Robert Ménard se met hors la loi » [2] :

« C’est de la provocation à outrance, de la surenchère malsaine. De plus, avec cette décision, le maire de Béziers se met hors la loi. La cantine scolaire, l’aide aux devoirs comme la garderie avant ou après l’école sont des services publics. Il n’est pas possible de les réserver à telle ou telle catégorie de famille. »

Cette décision est l’une des trois délibérations du conseil municipal dont le conseiller municipal d’opposition Aimé Couquet a contesté la validité auprès du sous-préfet. On peut lire dans L’Hérault du jour du 31 mai dernier :

La délibération du rapport n° 32 approuvant le règlement des activités périscolaires « qui réserve l’accès du service aux seuls enfants dont les deux parents travaillent, viole, selon A. Couquet, le principe jurisprudentiel d’égal accès au service public ». Il cite la décision du Conseil d’État (10 mai 1974) pour appuyer ses dires : « Seules les discriminations qui répondent à des situations différentes des usagers vis-à-vis du service public ou qui sont fondées sur des considérations d’intérêt général liées au fonctionnement même du service public, sont légales. »

La plaque de la discorde

Concernant la plaque d’hommage aux quatre fusillés de l’OAS, le même Aimé Couquet a adressé un courrier à Robert Ménard lui demandant [3] :

« de faire enlever la stèle du cimetière neuf ». Une missive qui poursuit : « Sur le fond du problème, il me paraît regrettable de contester la décision de paix, via l’indépendance de l’Algérie, qui avait mis fin à plus de sept ans d’une guerre qui a été source de deuils et de souffrances. »

Les écrits d’Aimé Couquet ne semblent pas avoir trouvé une oreille attentive à l’hôtel de ville. Interrogé sur la question, Robert Ménard s’est contenté de répondre : « Face à tant de bêtises, je ne ferai aucun commentaire. »

Communiqué de la fédération de l’Hérault de la LDH [4]

La Ligue des droits de l’Homme veille sur le cas Robert Ménard

La Fédération de l’Hérault de la Ligue des Droits de l’Homme apporte son soutien à la section biterroise de la LDH et l’appuiera dans la vigilance qui s’impose à nous suite à l’élection de Robert Ménard à Béziers.

Sans procès d’intention, nous observons les premières décisions prises par le Maire et le nouveau conseil municipal et celles-ci nous renforcent dans nos craintes. Qui pourrait être contre la protection des mineurs de moins de 13 ans, expression juridique qui parle simplement de nos enfants et donc contre le fait que ceux-ci ne puissent pas circuler seuls et sans protection en pleine nuit ?

La Ligue des Droits de l’Homme est pour la protection des enfants. Mais est-ce vraiment l’esprit de l’arrêté du 25 avril 2014 de couvre-feu pris par le maire de Béziers, qui assimile ces enfants qui circulent de nuit avec les auteurs d’atteintes à la tranquillité publique et aux biens et aux personnes ?

Nulle place à la protection de l’enfance dans cet arrêté, purement répressif. Le Maire de Béziers réfute aujourd’hui l’étiquette « extrême droite nationaliste » et se cache derrière la nomination comme conseiller d’un ancien membre du parti socialiste (ce qui n’a jamais été un blanc-seing) pour minimiser la nomination de André Yves Beck, militant chevronné d’extrême-droite, en qualité de directeur de cabinet et Christophe Pacotte, ancien dirigeant du Bloc Identitaire, en qualité de chef de cabinet. Ces nominations sont celles de membres d’une extrême-droite plus radicale que le FN.

La Ligue des Droits de l’Homme attend de voir désormais les mesures prises, autre que des postures de façade ou de rétorsion sur les plus pauvres, mesquines sanctions concernant le séchage du linge aux fenêtres, qui n’apportent aucune solution aux problèmes quotidiens, notamment économiques et de chômage, que rencontrent les biterrois. Nous continuerons à être présents à Béziers, au côté de la LDH de Béziers, pour que les Droits de l’Homme soient présents dans cette ville, ancrage historique de notre département .

Le 5 juin 2014

Complément (ajouté le 13 juin 2014)

Béziers : Ménard se voit en super-flic

[source AFP. Le Point.fr, le 12 juin 2014]


Le maire a l’intention de convoquer les auteurs d’incivilités pour les "rappeler à l’ordre"... et menace de priver les récalcitrants d’aides municipales.

Robert Ménard a l’intention de sévir contre les auteurs de petits délits ou d’incivilités. Le maire de Béziers a annoncé jeudi vouloir les convoquer à la mairie dans le cadre d’une procédure de "rappel à l’ordre", menaçant ceux qui ne s’y soumettraient pas de suspendre leurs aides sociales municipales. La procédure du rappel à l’ordre consiste pour le maire, entouré d’élus et de policiers, à "faire comprendre" à des auteurs de petits délits ou d’incivilités convoqués dans la salle du conseil municipal que "leur comportement est inadmissible", explique l’élu soutenu par le FN dans un communiqué.

"Ce type de procédure est sans effet sur des individus ancrés dans la délinquance mais peut avoir un effet bénéfique dans de nombreux autres cas", ajoute le maire, estimant que cette procédure participe "de la volonté de l’actuelle municipalité d’utiliser tous les outils possibles pour donner à notre ville le maximum d’apaisement et de sécurité". Seulement, selon Robert Ménard, "trop souvent" les "individus convoqués pour ces rappels à l’ordre ne viennent pas". "Ce mépris envers la société est inacceptable", déplore le maire, reconnaissant que la loi ne les y oblige pas.

En conséquence, Robert Ménard a décidé que les personnes majeures refusant de répondre à une convocation et qui perçoivent des aides sociales de la ville verront celles-ci aussitôt stoppées", ajoute le communiqué, estimant que "continuer à les verser serait, en effet, une insulte à tous les bénéficiaires de prestations sociales qui respectent leur ville". Selon Robert Ménard, cette décision a été votée à l’unanimité par le conseil d’administration du Centre communal d’action sociale de Béziers (CCAS) qui s’est tenu mercredi.


[1En juillet 356 av. J.-C., un dénommé Érostrate cause volontairement un incendie qui détruit totalement le célèbre temple d’Artémis à Éphèse. Interrogé, il avoue les motivations de son geste : il cherchait à tout prix la célébrité et n’avait pas d’autre moyen d’y parvenir. (d’après Wikipedia)