Histoire coloniale et postcoloniale

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La propagande par l’art et son décryptage

Arts et colonisation

samedi 8 septembre 2018

Sous le titre "Peintures des lointains", une exposition a lieu à Paris, au Musée du quai Branly, montrant comment l’entreprise coloniale européenne s’est accompagnée, du XVIIIe au XXe siècle, d’une production picturale abondante qui a construit une image mythique des pays et des peuples colonisés. Mettant en exergue leurs richesses et leur attrait exotique, elle a alimenté les désirs de conquête et de domination. De son côté, le livre collectif "Décolonisons les arts !" propose de réfléchir à cette lente construction du regard qui a accompagné la mise en place tenace dans les esprits des préjugés de race.

L’exposition "Peintures des lointains", au Musée du Quai Branly

La vidéo de l’exposition
jusqu’au 6 janvier 2019


Présentation sur le site du musée :

Source


Lumière sur la collection de peintures conservée au musée du quai Branly – Jacques Chirac. Près de deux cents œuvres inédites révèlent l’évolution, à travers les siècles, du regard porté en Occident sur les peuples, sociétés et territoires plus ou moins lointains. Pour cette première exposition consacrée à la collection de peintures conservée au quai Branly, "Peintures des lointains" rassemble près de deux cent toiles et œuvres graphiques — parmi les cinq cents du fonds — datant de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. Une collection composite et largement méconnue, où l’odalisque d’Ange Tissier côtoie les portraits d’Amérindiens de George Catlin, les scènes de vie quotidienne cairote d’Émile Bernard voisinent les estampes et dessins de Tahiti signés Matisse ou Gauguin.

À travers cette collection, c’est aussi l’histoire d’une rencontre avec l’Autre et l’Ailleurs qui est contée, l’évolution du regard artistique face à l’inconnu qui est questionnée. Dans une Europe en pleine expansion coloniale, face au choc d’un monde qui lui ouvre ses portes, l’art occidental emprunte différentes voies. Cédant d’abord à la tentation de l’exotisme — où l’exaltation de la couleur et de la lumière sert les rêves d’un Orient de luxe et de volupté — il figurera par la suite un regard plus réaliste, ethnographique, attentif à l’autre.

Entre onirisme et naturalisme, fantasme et documentaire, romantisme et propagande coloniale, un miroir de l’histoire artistique et politique.

Un exemple d’art de propagande sur commande :
les toiles du peintre Geo Michel

En 1930, à Paris, le peintre Georges Michel, de son nom d’artiste, Geo Mlchel, travaille à cinq grands tableaux. Sur des toiles de plusieurs mètres de cöté, des personnages s’activent dans une nature luxuriante. Tous sont issus des différentes colonies françaises dont ils rassemblent paisiblement les richesses pour la prospérité de l’empire colonial. Les ananas et autres noix de coco produits par ces territoires sont destinés à la métropole. Ses toiles portent une vision idyllique du travail dans les colonies qui n’est guère conforme à la réalité.

Commandées par I’Etat français, ces œuvres ont une vocation précise. Il faut qu’elles soient terminées à temps pour I’ouverture de I’Exposition coloniale internationale de 1931. Son but ? Vanter les bienfaits et les richesses de I’empire français. L’exposition « montrera Ia prodigieuse activité de notre empire, […] ses richesses présentes et les perspectives qu’elle ouvre à nos activités ». Géo Michel n’a pas été choisi au hasard : il a déjà peint plusieurs tableaux de ce genre après s’être rendu dans la colonie française d’lndochine.

Pour I’Exposition coloniale, ses toiles doivent être les plus pédagogiques possible : Ie nom de chaque produit est soigneusement inscrit en lettres dorées. Sous la pinceau du peintre, les colonies se transforment en un jardin paradisiaque. Il suffit de se pencher pour profiter des richesses offertes !

Cette vision exotique est totalement fantasmée. La jolie image qui émane des toiles de Géo Michel est celle que I’empire français veut montrer de son œuvre à la population de la métropole. Ses toiles contribuent efficacement à Ia propagande coloniale qui va construire en France un imaginaire durable. La réalité, bien différente de ce récit, est mal connue des Français. Seuls quelques journaux dénoncent I’exploitation des colonisés et leurs terribles conditions de travail, mais leurs publications sont assez marginales et I’Exposition coloniale de 1931 a été un immense succès.

Carte postale, 1931.
Ces kanaks devaient s’habiller ainsi pour donner au public l’image du Sauvage. Certains étaient employés de bureau à Nouméa et tous, visitant Paris leur service fini, s’habillaient comme tous les Parisiens de l’époque.

Le livre "Décolonisons les arts !"

Rencontre Mercredi 26 septembre
à La Colonie
128 rue de LaFayette - 75010 Paris 18h30 > 20h30

Sur France culture, le Journal de la culture par Zoé Sfez du 24 février 2016 :
Le collectif "Décoloniser les arts en France" interpelle les responsables culturels.


Un collectif d’artistes et auteurs issus de la diversité interpellent dans une charte et un questionnaire les responsables culturels pour dénoncer l’absence "de Noirs, d’Arabes ou d’Asiatiques" sur scène mais aussi aux postes de responsabilité dans le secteur culturel.

Le collectif "Décoloniser les arts en France" créé en décembre dernier, où l’on retrouve par exemple dramaturge Gerty Dambury et le comédien Yann Gael, a publié une charte, un questionnaire et un lexique destinés à poser le débat sur la manque de diversité sur les scènes et dans les équipes de direction des lieux culturels en France.

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