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Aix-en-Provence : le rond-point Bigeard rebaptisé Maurice Audin

lundi 4 octobre 2010

Le 25 septembre dernier, une cinquantaine de militants ont symboliquement débaptisé le Rond-point Général Marcel Bigeard d’Aix-en-Provence et l’ont renommé Maurice Audin en hommage au jeune mathématicien disparu depuis son arrestation par des parachutistes du général Massu, le 11 juin 1957 à Alger.

Les noms des généraux Bigeard et Massu sont associés à l’utilisation de la torture pendant la guerre d’Algérie. Et l’enquête menée par Pierre Vidal-Naquet a établi que Maurice Audin est mort sous la torture. Mais la vérité n’a toujours pas été reconnue par les autorités françaises : en juin 2007, sa veuve, Josette Audin, s’est adressée à Nicolas Sarkozy nouvellement élu président de la République pour lui demander de faire la lumière sur la mort de son mari, mais sa lettre n’a pas reçu de réponse à ce jour.

Le Conseil municipal d’Aix-en-Provence n’avait pas attendu le décès du général Bigeard pour attribuer son nom à un rond-point de la commune. Lors de sa réunion du 12 avril 2010, il avait adopté par 40 voix pour, aucune voix contre et 13 abstentions, une délibération en ce sens que Maryse Joissains-Masini, députée-maire d’Aix, connue pour ses positions favorables aux thèses de l’Algérie française, avait proposée – elle répondait ainsi à une demande de l’Union Nationale des Parachutistes [1].

À Aix, contre la nostalgie coloniale

L. S., L’Humanité, 27 septembre 2010


Des militants du PCF ?ont renommé le rond-point Bigeard du nom ?de Maurice-Audin.

Malgré la discrétion, c’est bien au son d’un classique du répertoire parachutiste de la guerre d’Indochine, « Si tu crois en ton destin », que fut inaugurée, en juin, une plaque au nom du général tortionnaire Bigeard, à Aix-en-Provence, quelques jours après son décès. Samedi, une cinquantaine de militants communistes et de l’Association des pieds-noirs progressistes a répliqué en organisant un rassemblement éclair pour rebaptiser ce rond-point Maurice-Audin, membre du Parti communiste algérien, militant anticolonialiste torturé par l’armée française et dont le corps n’a jamais été retrouvé. « Nous refusons de voir l’histoire réécrite à l’envers, la colonisation élevée au rang de bienfait pour l’humanité et les chefs de guerre tortionnaires élevés au rang de héros », a martelé Pierre Dharréville, secrétaire départemental du PCF des Bouches-du-Rhône.

Maryse Joissains-Masini, maire UMP d’Aix-en-Provence, « a l’habitude de courtiser la frange la plus droitière de la population et de mobiliser des associations proches des mouvances de l’Algérie française », explique encore Léo Purguette, secrétaire de la section PCF du pays d’Aix, à l’origine du rassemblement.

Fragilisée par l’annulation de l’élection municipale, en juin ?2009, Maryse Joissains-Masini, qui a été réélue d’une courte tête, avait déjà souhaité renommer une rue de la ville, Jean Bastien-Thiry, lequel avait organisé, en 1962, l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. En vain.

De même, la maire a également distingué le chanteur Jean-Pax Méfret, autre nostalgique reconnu de l’Algérie française, en le faisant citoyen d’honneur de la ville. « Elle cherche à flatter l’importante population de rapatriés en pensant que celle-ci est arc-boutée sur la nostalgie. C’est loin d’être le cas ?! » s’insurge Léo Purguette.

L’Association nationale des Pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), réunie le même jour à Ortaffa (Pyrénées Orientales) pour son assemblée générale a adopté le texte suivant :

Communiqué de l’ANPNPA

L’Association des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis s’insurge contre la décision prise par la mairie d’Aix en Provence de baptiser un rond point de la ville du nom du général Bigeard. Aux yeux de tous les démocrates, Bigeard restera l’apôtre et le praticien de la torture systématisée et de l’assassinat dans les caves obscures de la villa Susini à Alger, le sinistre inventeur des « crevettes bigeard » lâchées d’hélicoptère et dont les cadavres échouaient sur les plages de l’Algérois, le tortionnaire qui jamais ne reconnu ni ne regretta ses crimes, de la ‘disparition’ de Maurice Audin à la pendaison de Larbi Ben M’Hidi et au meurtre de milliers d’autres algériens luttant pour l’indépendance de leur pays.

L’ANPNPA tient à féliciter les organisations aixoises qui prennent l’initiative de débaptiser le dit rond point. Il s’agit d’une initiative qui rend sa dignité à la ville d’Aix en Provence et à laquelle l’ANPNPA s’associe pleinement. Pour nous tous, le rond point ne portera désormais plus le nom du bourreau, Bigeard, mais celui de l’une de ses victimes, Maurice Audin.

Le 25 septembre 2010