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 8 février 1962 : massacre à la station Charonne

vendredi 23 septembre 2011, par la rédaction

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation pacifique de protestation contre une série d’attentats de l’OAS à Paris, une violente charge de policiers provoque la panique. Bilan : huit morts (plus un qui décédera des suites de ses blessures), des dizaines de blessés, dont certains très grièvement...

Aucun responsable du massacre de Charonne n’a été jugé, aucune sanction n’a été prononcée... Pas de coupable ! Il est vrai que la tolérance dont bénéficient les violences policières fait partie du patrimoine culturel de notre pays.

Par ailleurs on peut se demander avec Pierre Vidal-Naquet comment les victimes des policiers au métro Charonne « avaient effacé dans la mémoire du pays [...] le crime majeur du 17 octobre [1] », avant que les massacres d’Algériens en octobre 1961 ne ré-émergent dans la mémoire collective française.

[Cette page, mise au point le 23 septembre 2011, n’a été mise en ligne que le 30]

Le 7 février 1962, dix charges de plastic explosent à la porte du domicile parisien d’hommes politiques, d’intellectuels, de journalistes. Sept blessés.

La petite Delphine Renard Parmi les blessés une petite fille âgée de quatre ans et demi, Delphine Renard. En attendant de retourner a l’école, elle jouait dans sa chambre après le déjeuner quand une charge de plastic destinée à André Malraux, qui habitait le même immeuble de Boulogne-sur-Seine, explose devant ses fenêtres. Delphine est gravement atteinte et elle y perdra un œil.

Plusieurs syndicats et partis de gauche appellent à une manifestation à Paris pour le lendemain, 8 février 1962, afin de protester contre cette vague d’attentats perpétrés par l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète). Malgré l’interdiction, des manifestants se regroupent boulevard Voltaire, aux cris de « OAS Assassin » et « Paix en Algérie ». A 19h30, au moment de la dispersion de la manifestation, les brigades spéciales de la police chargent violemment les manifestants. Saisis par la panique, un grand nombre d’entre eux s’engouffrent dans le métro. On relèvera 8 morts – 5 au métro Charonne et 3 Place Voltaire –, un neuvième mourra des suites de ses blessures à la tête quelques semaines plus tard à l’hôpital. Tous étaient membres de la CGT et la plupart membres du Parti communiste français

Le 12 février les obsèques ont rassemblé à Paris entre 500 000 et 800 000 personnes.

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12 février 1962 : obsèques des victimes du 8 février 1962 – Les Actualités Françaises du 14 février 1962 (1m 19s)

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8 février 1982 : vingtième anniversaire du massacre de Charonne – JA2 20H (5m 39s)

Interviews de témoins :
- Léo Figuères, maire de Malakoff : comment s’est passé la charge de police.
- Marina Vlady raconte comment elle a pu s’engouffrer dans le métro.
- Robert Bartolotto, Simone Lacoste, le docteur Boutin ...
Jean Max auteur de Métro Charonne évoque le rôle de la police depuis une salle de commandement de la police.
Marcel Trillat demande « vérité et justice ».

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Pas plus que ceux de la répression de la manifestation pacifique des Algériens, le 17 octobre 1961, les responsables du massacre de Charonne n’ont été jugés. Aujourd’hui, on attend toujours une reconnaissance de ces crimes d’État.

Seule reconnaissance, celle de la ville de Paris par la voix de son maire : Bertrand Delanoë a inauguré le 8 février 2007, quarante-cinq ans après les faits, la Place du 8-Février-1962 à l’intersection de la rue de Charonne et du boulevard Voltaire.


Documentation

  • Alain Dewerpe, Charonne 8 février 1962. Anthropologie historique d’un massacre d’État, 2006, Folio/histoire (une présentation).
  • Mourir à Charonne, pourquoi ?, film de Daniel Kupferstein. Durée 59 minutes. Diffusion 2010.

[1Pierre Vidal-Naquet, Les crimes de l’armée française, Algérie 1954-1962, préface à l’édition de 2001 (première édition : Maspero, 1975) :
Vingt-cinq ans après : réflexions sur un retour.