Histoire coloniale et postcoloniale

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 20 août 1955 : l’insurrection à Philippeville

lundi 20 août 2012, par la rédaction

A l’occasion du 57e anniversaire de l’insurrection du 20 août 1955 à Philippeville [1], Michel Mathiot, pied-noir, nous adresse le texte suivant.

Le ventre est encore fécond ...

C’est une importante question que celle du sort des Algériens (les “Indigènes”) le 20 août 1955 à Philippeville, encore peu traitée en détail sur un plan historique, hormis dans le livre pionnier publié il y a un an par Claire Mauss-Copeaux. En revanche la question des Européens l’est à satiété depuis 57 ans, et encore tout dernièrement par Roger Vétillard.

Ces deux questions se tournent le dos.

Le 20 août 1955 à Philippeville il y eut un bain de sang. Oui, mais lequel ?
Il y eut des enfants tués. Oui, mais lesquels ?
Il y eut des femmes tuées. Oui, mais lesquelles ?
Il y eut des hommes enlevés et jamais retrouvés ? Oui, mais lesquels ?
Il y eut des civils tués de manière organisée ? Oui mais lesquels ?
Il y eut, selon une expression consacrée, des hordes barbares et sanguinaires. Oui, mais lesquelles ?
Il y eut des ordres donnés. Oui, mais lesquels ?
Il y eut, on l’a souvent écrit, un “Oradour algérien”. Oui, mais lequel ?
Il y a, depuis lors, des êtres humains aux noms inscrits sur le martyrologe de Philippeville. Oui, mais lesquels ?

Il s’agit de n’exclure ni les uns ni les autres. Tous sont également victimes.

Se poser ces questions c’est s’interroger sur les réalités du système colonial et les responsabilités de ce dernier dans la décolonisation excessivement brutale.

C’est se donner des clés de compréhension de ce “fiasco” politique où se sont trouvées englouties les populations de l’Algérie avant, pendant et après la guerre, et qui conduisit à de grands déplacements de populations : déracinement des villageois algériens et exode des pieds-noirs.

C’est éviter de se tourner éternellement le dos, en balayant un déni de justice moralement insupportable.

C’est se libérer les uns et les autres des séquelles du colonialisme

C’est travailler à extirper cette pensée raciste qui gangrène notre vie à tous – Algériens ou Français, quelle que soit notre “origine”.

« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » (Bertolt Brecht).

Michel Mathiot, pied-noir



[1Pour plus d’informations sur ces événements historiques, consulter, dans le menu de gauche, les témoignages et contributions de – par ordre alphabétique – Georges Apap, Paul Aussaresses, Florence Beaugé, Andréa Brazzoduro, Soraya Chekkat, Marie Chominot, Robert Lambotte, Claire Mauss-Copeaux, Walid Mebarek, Georges Penchenier, Alain Ruscio, Sylvie Thénault.