Histoire coloniale et postcoloniale

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 12 mai 1962 - 12 mai 2012 : commémoration du drame des harkis

mercredi 9 mai 2012, par la rédaction

Chaque année, les harkis d’Ile-de-France commémorent le 12 mai 1962, date symbolique du commencement du drame de ces victimes du colonialisme. Ce jour là en effet, le premier acte officiel était édicté par le ministre des armées, Pierre Messmer : l’abandon les harkis sur le sol algérien.

A l’occasion du cinquantième anniversaire du début de cette tragédie, les harkis d’Ile-de-France appellent toutes les associations de harkis qui le souhaitent, à commémorer le 12 mai 1962.
Cinquante ans aprés, le temps est venu pour que les harkis et leurs enfants s’approprient pleinement leur histoire.

A Paris, la cérémonie de commémoration aura lieu le 12 mai 2012 en fin d’aprés midi devant le mémorial situé dans le Parc de la Butte au Chapeau rouge dans le XIXème arrondissement de Paris, en partenariat avec l’association Harkis et droits de l’Homme.

Ci-dessous : la note de service du 12 mai 1962 (extrait), suivie d’une interview de Pierre Messmer publiée le 25 septembre 2001.

[Mise en ligne le 8 mai 2012, mise à jour le 9]


Note de service n° 1334/MA/CAB/DIR du 12 mai 1962, signée par Pierre
Messmer, adressée par le Ministre des Armées au commandant supérieur
à Réghaia en Algérie.

Fatima Besnaci-Lancou & Gilles Manceron, Les harkis dans la colonisation et ses suites (éd de l’Atelier, 2008, p. 97)

« Il me revient que plusieurs groupes d’anciens harkis seraient récemment arrivés en métropole – stop – [...]

Je vous communiquerai dès qu’ils seront en ma possession renseignements précis sur l’importance et origine ces groupes ainsi que, si possible, sur responsables leur mise en route – stop –
Dès maintenant toutefois je vous prie : [...]

Primo – d’effectuer sans délai enquête en vue déterminer conditions départ d’Algérie de ces groupes incontrôlés et sanctionner officiers qui pourraient en être à l’origine. – stop – [...]

Signé : P. Messmer.

____________________________

Pierre Messmer : “Le principal responsable, c’est le FLN, qui les a trompés et massacrés”

Pierre Messmer, ancien premier ministre, a été ministre des Armées de février 1960 à juin 1969 (dans les gouvernements Michel Debré, Georges Pompidou et Maurice Couve de Murville).

[Article paru dans l’édition du 25 septembre 2001 du journal Le Monde]


  • Vous étiez ministre des armées au moment où prenait fin la guerre d’Algérie. Vous sentez-vous responsable de l’abandon des harkis et des massacres qui ont suivi à partir de l’été 1962 ?

Cette terrible situation résulte des accords d’Evian négociés par Louis Joxe, ministre des affaires algériennes, sur les directives du général de Gaulle. Il y a donc une responsabilité collective, le ministre des armées ayant sa part dans l’exécution de la politique du gouvernement. L’autre aspect du drame est que le FLN n’a pas respecté la disposition de l’accord d’Evian par laquelle il s’interdisait d’exercer toutes représailles. Pendant les semaines qui ont suivi l’accord, il a fait semblant de respecter cet engagement, ce qui a poussé un grand nombre de harkis à demander leur démobilisation. »

Ce n’est qu’ensuite, alors que les harkis étaient rentrés chez eux, que le FLN a changé de langage en arrêtant ces hommes, en les torturant, en les tuant en grand nombre.

  • La guerre avait été une suite de duperies et de massacres, et c’était aussi une guerre civile. Comment pouviez-vous manifester pareille confiance à l’égard du FLN ?

Un accord avait été négocié et il était naturel de penser qu’il serait respecté. La bonne foi des signataires français a été totale. Mais le retour des harkis dans leurs villages a correspondu à l’évacuation rapide du pays par l’armée française. Toute la question était de savoir si nous allions réoccuper des villages pour sauver quelques familles de harkis, au risque de relancer la guerre. Le général de Gaulle a tranché : il n’en était pas question. Beaucoup de harkis ont été arrêtés par le FLN. Le drame est que seuls certains ont pu s’évader et gagner la France. »

La question ne se posait pas en termes de confiance, car je n’en avais strictement aucune à l’égard du FLN. Il s’agissait de savoir si nous voulions finir une guerre de décolonisation, ou si nous voulions la continuer. Il est vrai que la négociation pouvait avoir des conséquences terribles. Cet épisode m’a plongé dans une grande tristesse mais, lorsqu’on gouverne, il faut choisir.

  • L’abandon des harkis a donc été, pour vous, l’un des prix à payer pour la paix en Algérie ?

Le souci de ne pas réouvrir les combats en Algérie a été la raison de notre refus d’organiser des opérations de récupération des harkis persécutés par le FLN.

  • Mais le gouvernement de l’époque a été plus loin : Louis Joxe a menacé de sanctions les officiers qui ramenaient en France « leurs » harkis. Vous-même avez signé une note de service dans ce sens, le 12 mai 1962.

Autant je reconnais ma responsabilité dans le refus des opérations de récupération des harkis, autant je ne me sens nullement coupable de l’absence d’organisation de leur transport vers la France. Sur ce point, j’ai fait exactement le contraire de ce que souhaitait M. Joxe. Je l’ai même contredit publiquement lorsqu’il a parlé de sanctions. Je vous défie de trouver un officier que j’aurais sanctionné pour avoir rapatrié des harkis. Pas un harki recueilli n’a été livré au FLN, tous ont été transportés en France avec leur famille. Le document que vous mentionnez concerne seulement certains officiers des sections administratives spéciales (SAS) qui rapatriaient des harkis sans accord de la hiérarchie et sans qu’aucun accueil n’ait été organisé.

  • Pourquoi les harkis ont-ils été désarmés avant d’être livrés aux représailles ?

Mais nous n’allions tout de même pas remettre des gens armés dans la nature en plein cessez-le-feu ! Nous ne les avons pas laissés tomber. C’est eux qui, trompés par les promesses de mansuétude du FLN, ont choisi de se faire démobiliser. Très peu d’entre eux ont accepté la proposition d’engagement dans l’armée que nous leur avons faite. La raison est qu’ils n’avaient pas envie de s’éloigner de leurs villages. »

Il y a donc une hiérarchie dans les responsabilités : le principal responsable, c’est le FLN, qui a trompé les harkis et les a massacrés ; ensuite, ce sont les harkis eux-mêmes qui se sont laissé tromper ; en troisième lieu, ce sont ceux qui n’ont pas été les délivrer pour ne pas mettre en danger le cessez-le-feu. -

  • Alain Peyrefitte a écrit que le général de Gaulle considérait les harkis comme des réfugiés et non comme des rapatriés. La véritable raison de leur abandon n’est-elle pas à chercher dans l’idée que ces musulmans ruraux étaient inassimilables en France ?

Je ne crois pas : à la même période, la France a importé pour son industrie un très grand nombre de travailleurs nord-africains qui n’étaient pas très différents des harkis. Le général de Gaulle croyait que l’avenir de ces hommes-là était en Algérie, leur pays, et que les transporter en France serait à l’origine de grands problèmes. C’est ce qui s’est passé. Mais le général ne pouvait imaginer que le FLN se comporterait avec une telle sauvagerie.

  • Pensez-vous que, au-delà de la compassion, la France se devrait d’exprimer une forme de repentance ?

Ma réponse est non, catégoriquement non ! Les regrets sont à exprimer d’abord par le FLN, qui a massacré les harkis. Nous n’avons massacré personne ! - La plainte pour « crimes contre l’humanité » déposée par d’anciens harkis est-elle pour vous un autre sujet d’indignation ? - On s’apercevra que cette démarche est parfaitement absurde. Aussi bien juridiquement que moralement. Si l’on suit cette logique, il faut poursuivre les dirigeants du FLN, y compris certains ministres algériens en exercice. M. Bouteflika est un ancien FLN, et je le tiens pour l’un des principaux complices des crimes commis contre les harkis.

(Propos recueillis par Philippe Bernard)



Commémorations annoncées :